Date limite d’envoi des propositions : 15 avril 2026
Au sortir des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris 2024, force était de constater que l’événement avait suscité un engouement populaire inédit, mêlant rare sentiment d’unité, fierté nationale et dialogue international bien au-delà des seuls amateurs des disciplines sportives représentées. Cette ferveur, vécue à la fois comme un moment de communion et de fête, a rapidement laissé place à une forme de nostalgie collective. Les parties prenantes des JOP de Paris 2024 avaient néanmoins cherché à combler ce fossé entre la dimension éphémère de l’événement et la permanence de son héritage, en particulier patrimonial.
Le succès des Jeux fut nourri par la forte mobilisation du secteur culturel dans sa diversité. Créations architecturales, collectes d’archives, valorisations patrimoniales, programmations culturelles (expositions, arts vivants), fêtes et cérémonies, riches en symboles et en émotions, sont indissociables de l’événement et participent du patrimoine sportif français. L’Olympiade culturelle, initiée dès 2022 par le Comité d’organisation des JOP (COJOP) avec l’appui du ministère de la Culture, a permis de concevoir et de fédérer des milliers de projets labellisés à travers le pays, de l’Île-de-France à la Polynésie, de la collecte à la conservation en passant par la création. Pour la première fois, le Comité d’organisation a inscrit les compétitions et les festivités dans des sites patrimoniaux non sportifs des territoires français métropolitains comme ultramarins (Grand Palais, Concorde, Versailles, Seine, port de Marseille, Teahupo’o, etc.). La Seine–Saint-Denis, principale bénéficiaire des nouvelles infrastructures olympiques, a profité de l’événement pour consolider le dynamisme de ses stratégies urbaines et culturelles. Ces choix ont permis de valoriser le patrimoine sportif en tant que patrimoine matériel, mais aussi vivant, et de faire dialoguer sport et culture dans des cadres symboliques forts.
L’obtention des JOP a en effet souligné que le patrimoine sportif était imparfaitement connu ou représenté dans les institutions patrimoniales. Nous proposons d’examiner les processus de reconnaissance patrimoniale suscités, directement ou indirectement, par les Jeux. Comment s’opère la patrimonialisation d’objets, d’espaces, mais aussi d’usages et de mémoires, souvent indissociables de leur contexte d’expérience ? Ces questionnements rejoignent une réflexion plus large sur la « sportivation » de lieux ou de pratiques redécouverts à l’occasion d’événements d’envergure, à l’image de la reconnaissance au patrimoine culturel immatériel (PCI) de l’Unesco de la yole martiniquaise et des savoir-faire qui lui sont associés.
L’événement sportif génère lui-même de nouveaux patrimoines : objets sportifs, affiches, programmes, photographies, enregistrements audiovisuels, récits et témoignages. Les souvenirs des Jeux, fixés sur les supports médiatiques ou encore à recueillir, patrimonialisent ce moment de l’histoire collective et individuelle. Autant de traces matérielles et immatérielles d’un héritage souvent populaire mais encore méconnu. S’esquisse alors un patrimoine en devenir, nourri de pratiques contemporaines.
Les Jeux s’inscrivent ainsi dans deux temporalités : celle, fugace, de l’événement lui-même, et celles, au long cours, de sa préparation et de son héritage. En 2020, face à la désaffection des villes candidates, la « nouvelle norme » du Comité international olympique (CIO) laissait aux villes hôtes davantage de marges de manœuvre pour imaginer un projet durable et à leur image. Paris 2024 identifia ses priorités, encourageant la pratique sportive, l’inclusion sous toutes ses formes (jeunesse, parité, handicap, territoires, identités), le dialogue entre sport et culture, l’innovation et la responsabilité sociale et environnementale. Le plan Héritage de l’État fut conçu dans ce cadre pour prolonger l’impact matériel et immatériel des Jeux au-delà de l’événement. Ce numéro interrogera ainsi les effets des JOP sur les liens entre patrimoines et politiques publiques.
Enfin, les Jeux s’insèrent dans des circulations internationales, des perspectives diachroniques et des comparaisons entre différentes approches du patrimoine. Que nous apprennent les expériences passées (Londres 2012, Tokyo 2020) et quels enseignements retirer de Paris 2024 pour les prochaines Olympiades (Milan-Cortina 2026, Los Angeles 2028, Alpes françaises 2030, Brisbane 2032) ?
Comment les Jeux de 2024 ont-ils contribué à redéfinir les contours du patrimoine français, tant matériel qu’immatériel ? Trois axes de réflexion chronologiques se dégagent :
- Projet olympique et état des lieux des patrimoines sportifs avant Paris 2024. Quelle reconnaissance pour le patrimoine sportif en France et dans les politiques culturelles avant les Jeux ? Quels liens la candidature entendait-elle tisser entre patrimoines et sport ? Quelle ambition « culturelle » formulait-elle ?
- Le temps de l’événement : les patrimoines en fête ? Quels discours, dispositifs et mises en œuvre pour le volet patrimonial des JOP ? Les actions culturelles et territoriales (notamment via les Drac) ont-elles transformé les interactions entre création, patrimoine et sport ? Ces partenariats ont-ils changé les regards et les pratiques des différents acteurs et attiré de nouveaux publics ?
- Héritages : premier bilan des JOP de Paris 2024. Quelles mesures de l’héritage ont pu être pérennisées ? La diversité du patrimoine sportif a-t-elle été valorisée ? Quelles œuvres, infrastructures ou initiatives continuent de porter la mémoire des JOP ? Les collaborations entre acteurs culturels et sportifs perdurent-elles ? Quelle prospective en vue de futurs JOP ou grands événements ?
Si vous souhaitez contribuer à ce numéro, nous vous remercions d’envoyer avant le 15 avril 2026 un résumé de votre proposition de 1500 signes au maximum, ainsi qu’un court CV par courriel, intitulé « proposition IN SITU », à :
insitu.patrimoines@culture.gouv.fr (Nathalie Meyer-Revue In Situ, ministère de la Culture, Direction générale des Patrimoines et de l’Architecture),
en mettant en copie de votre envoi les coordinatrices scientifiques (Cécile Doustaly, Marie Grasse et Sophie Lecointe) à l’adresse suivante :
Les textes des articles correspondant aux propositions retenues sont attendus pour le 1er septembre 2026.

