ZOOM SUR l’indigo et le bleu de smalt

En travaillant sur des tableaux dont certaines couleurs avaient subi une modification à cause de l’instabilité des pigments, je me suis penchée sur leur historique.
Je vous présente l’indigo et le bleu de smalt qui composent le drapé de la Vierge dans un tableau représentant l’Éducation de la Vierge. Ces deux pigments ont été identifiés grâce à une analyse chimique et stratigraphique de la couche picturale (CNEP – Centre National d’Evaluation de Photoprotection) :

L’indigo est un colorant bleu issu de l’indigotier. En Europe, il est peu utilisé avant la fin du XVème siècle car il est assez couteux. Le pastel est principalement utilisé par les teinturiers et cultivé en grande quantité dans le sud-ouest de la France. A partir de 1498, l’indigo est importé des Indes et devient plus accessible. Il supplante alors le pastel aux XVIIème et XVIIIème siècles car son prix chute. L’indigo synthétique est découvert en 1880 par Adolph Von Baeyer.
En peinture, l’indigo apparait en Italie au XIVème et XVème siècles. Toutefois, il est peu utilisé dans la peinture européenne jusqu’au milieu du XVIIème siècle. Son usage va se développer de la seconde moitié du XVIIème s. au début du XVIIIème s. notamment pour peindre les drapés.
Dès le XVIIème siècle, plusieurs auteurs (Watin, T. De Mayerne) notent son instabilité quand il est mélangé à l’huile : il noircit s’il n’est pas mélangé avec du blanc.

Le bleu de smalt est un verre teinté au cobalt (oxyde de cobalt, silice, potasse) puis broyé. Il apparait comme pigment au XVIème siècle, mais il était utilisé dans les vitraux dès le Moyen-Age. De plus en plus utilisé dans la peinture européenne à partir du XVIIème siècle (il a pu remplacer l’azurite et l’outremer), il est largement utilisé au XVIIIème s. Il sera supplanté peu à peu par le bleu de Prusse synthétisé en 1724. Il ne sera presque plus utilisé au XIXème siècle.

Par la présence de cobalt, le smalt est un siccatif puissant. Dès le XVIIIème s., il est associé à des bleus peu siccatifs comme l’indigo et le bleu outremer dans les liants à l’huile.
Le smalt peut se dégrader dans un liant huileux : les ions potassium migrent, les ions cobalt changés d’environnement perdent leur couleur bleu. La couleur vire alors du bleu au gris-jaune, ou s’éclaircit. Cette dégradation est irréversible.
L’association de l’indigo et du bleu de smalt en peinture est connue au XVIIIème siècle pour augmenter la siccativité de l’indigo.
Les deux bleus sont très utilisés en peinture du milieu du XVIIème et au XVIIIème siècle.
Le noircissement de l’indigo et l’éclaircissement du smalt en présence d’huile peuvent expliquer à la fois l’aspect grisâtre/clair et à la fois un noircissement irrégulier d’une couleur bleue sur un tableau.

Sandrine Cailhol, conservatrice-restauratrice de peintures

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