Appel à communication – Journée d’étude Peinture murale 2027- Peintures antiques et médiévales : approches techniques comparées

Date : 27 avril 2027

Lieu : INHA, Salle Vasari

Peintures antiques et médiévales : approches techniques comparées

Organisée par Claire Boisseau (CR CNRS Centre André-Chastel), Mathilde Carrive (Mcf Poitiers, Herma), Amaëlle Marzais (Mcf Lyon 2, ArAr)

Dans l’historiographie, les peintures médiévales ont parfois pâti d’un jugement
esthétique et technique péjoratif, fondé sur une image idéalisée de la fresque antique,
idéal absolu à l’aune de laquelle elle était décrite. La “fresque” médiévale serait ainsi
l’imparfaite héritière de son illustre prédécesseur antique en raison d’une prétendue
décadence de la maitrise technique. Largement inspiré de la lecture évolutionniste de
l’art, ce jugement sévère s’explique par l’application à la période médiévale d’une
lecture trop littérale des traités antiques, sans comparaison critique entre les principes
décrits dans les textes et la réalité du travail observé sur les peintures antiques. Ce
faisant, ce postulat occulte les choix techniques liés à une recherche esthétique, aux
matériaux disponibles, ou encore à l’organisation du chantier.

L’étude matérielle des peintures antiques apporte une vision plus nuancée de l’idéal
artistique antique. De fait, l’importance accordée à la maitrise technique, véritable
critère d’appréciation d’une œuvre, résulte de la redéfinition du concept d’art et
d’artiste à partir de la Renaissance : un artiste se reconnaît à son style mais aussi à sa
maitrise technique. L’étude des peintures qu’elles soient antiques ou médiévales est
donc héritière de l’histoire de l’histoire de l’art. Toutes deux sont observées à la
lumière des préoccupations modernes et de la terminologie forgée depuis le XVIe sans
considération de leur pertinence ou non pour des périodes antérieures.

Depuis plusieurs décennies, l’approche matérielle a renouvelé l’étude des peintures
murales. Le développement des analyses physico-chimiques, de l’archéométrie, de la
toïchographologie et de l’archéographie éclaire la matérialité sous un jour nouveau et
renouvèle l’histoire des techniques picturales, depuis la provenance des matériaux
utilisés, que soit pour les mortiers ou les couches picturales, jusqu’à leur mise en
œuvre sur les murs. Il soulève également des questions sémantiques. Les débats sur
le terme “fresque” utilisé pour les œuvres monumentales du Moyen Âge en France,
en sont un exemple : rend-t-on la volonté de peindre à frais, même si certaines étapes
sont posées à sec ? S’appuie-t-on sur la description faite dans les traités antiques ou raisonnons-nous à partir de la réalité chimique selon laquelle le voile de carbonatation
d’une fresque doit nécessairement couvrir l’ensemble des couches picturales de
l’œuvre ? Un consensus semble se dessiner autour de la terminologie “technique mixte
issue de la fresque”, qui rend explicitement la combinaison volontaire d’étapes posées
à frais et d’autres à sec, effective pendant la période romane et pour certains ensembles
italianisants plus tardifs. Ces questionnements sémantiques peuvent s’étendre à la
production antique. La question de la technique utilisée pour l’application des
pigments a fait l’objet de débats anciens, notamment pour la peinture romaine. Si un
consensus semblait s’être finalement dessiné au sein de la communauté archéologie
pour reconnaître que la fresque était la principale technique utilisée, la multiplication
des analyses archéométriques montre que les solutions sont multiples, justifiant
pleinement le terme de « technique mixte ».

Pour nourrir les réflexions collectives et réinterroger nos pratiques en s’affranchissant
des poncifs historiographiques, il semble pertinent de comparer les approches
développées parallèlement par les antiquisants et les médiévistes, les historiens de
l’art et les archéologues sur les techniques, les matériaux et leur mise en œuvre. Parmi
elles, une place particulière sera accordée à l’expérimentation, qui s’impose
progressivement comme une méthode scientifique à part entière pour tester des
hypothèses, mieux comprendre les traces à la surface des œuvres et, de manière plus
générale, mieux appréhender la matérialité des productions. Au-delà de ces aspects
méthodologiques, cette journée permettra d’observer et de mieux discuter la
continuité technique, de repérer les temps de mutation pour réfléchir à leurs causes
(matériaux disponibles, gestion du chantier, choix formels ou esthétiques).

Sont attendus

des réflexions méthodologiques, des dossiers comparatifs ou des cas
d’études, s’intégrant au sein des trois axes suivants :
Axe 1 : Questionnements terminologiques et questionnements techniques (recettes,
mise en œuvre, pigments, enduits, etc.)
Axe 2 : Les apports de l’expérimentation
Axe 3 : Études de cas, autant de lots fragmentaires que d’ensembles conservés in situ.
Les dossiers mettant en relation les peintures avec les autres arts (polychromies
architecturales, stucs, etc.) sont également bienvenus.

Les communications (20 min de temps de présentation + 10 min de questions)
pourront être spécialisées sur l’une des deux périodes, ou bien mettre en comparaison
les deux. Sont attendues autant les études individuelles que des présentations
méthodologiques (protocoles d’investigations) ou des questionnements ouverts.

Un résumé d’une page maximum précisant l’institution de rattachement, accompagné
d’une courte biographie sont à envoyer à claire.boisseau@cnrs.fr,
amaelle.marzais@univ-lyon2.fr et mathilde.carrive@univ-poitiers.fr avant le 01
octobre 2026

Bibliographie indicative :

Alix Barbet (dir.), La peinture romaine : du peintre au restaurateur, Saint-Savin, CIAM,
1997.

Claire Boisseau, « De la théorie à la pratique : le chantier pictural médiéval à la lumière
d’un chantier récent », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En
ligne], 30.1 |2026, https://journals.openedition.org/cem/25105

Mathilde Carrive, Habiter le décor. Peinture murale et architecture domestique en Italie
centrale (fin Ier -fin -IIIe s. p.C.), Bordeaux, Ausonius éditions, 2025

Pascal Capus et Alexandra Dardenay (éd.), L’empire de la couleur. De Pompéi au sud des
Gaules, Toulouse, 2014.

Anne Leturque, « Le savoir technique dans l’art de peindre au Moyen Âge : les modes
opératoires décrits dans le Liber Diversarum Artium (MS. H277, bibliothèque de
l’école de médecine de Montpellier) », In Situ, 22 (2013), en ligne
[https://journals.openedition.org/insitu/10646?lang=en]

Amaëlle Marzais, « Peindre sur les murs en Touraine au Moyen Âge (XIe-XVe siècle) :
processus créatifs et mises en œuvre », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre
| BUCEMA [En ligne], 29.2 | 2025, mis en ligne le 15 janvier 2026, consulté le 02 février
2026. URL : http://journals.openedition.org/cem/ 24579 ; DOI :
https://doi.org/10.4000/15lpy

Christian Sapin (dir.), Peindre à Auxerre au Moyen Âge, ixe-xive siècles. 10 ans de recherche
à l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre et à la cathédrale Saint-Étienne d’Auxerre,
Auxerre/Paris, 1999

Carolina Sarrade, « Comprendre la technique des peintures romanes par le relevé
stratigraphique », In Situ, 22 (2013), en ligne
[https://journals.openedition.org/insitu/10641]

Paolo Tomassini & Marco Cavalieri, La peinture murale antique : méthodes et apports
d’une approche technique, actes du colloque international de Louvain-la-Neuve, 21 Avril 2017,
Edizioni QUASAR, 2021.

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